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 Mon cœur est noyé dans la brume. [Ciel de la Bécasse]

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Brise-le-Ventavatar
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MessageSujet: Mon cœur est noyé dans la brume. [Ciel de la Bécasse]   Mar 25 Avr 2017 - 20:58


Mon cœur est noyé dans la brume.


Ciel de la Bécasse & Brise-le-Vent
Le soleil fond sa masse brulante avec l’horizon et les ombres filent sur le sol, comme des gazelles, élégantes et raffinées. Douces et subtiles. Elles s’étendent, se rejoignent et se distordent, prises dans le tourbillon qu’est la tombée du jour. Une brise fine les accompagne, elle souffle vers le lointain, comme pour les pousser vers de nouvelles contrées inexplorées. A perte de vue, de la terre vierge, rendue sablonneuse par l’hiver. C’est une vaste étendue brunie, tant craquelée qu’elle semble ridée par le temps, comme une vieille femme qui sourirait à la vue de ce ciel, teinté de camaïeux de rouge. La plaine est aride ; c’est étrange de la voir ainsi. La verte saison reviendra peu à peu, jusqu’à orner le moindre arbre de feuilles, et la vieille femme brunie se parera d’herbes folles. Et le gibier resurgira d’entre les fougères et les roches, comme s’il s’était terré là, tout ce temps, attendant le retour de ce tapis d’émeraude. Pour l’instant, seul l’astre solaire s’est empli de sa chaleur caractéristique et la lande demeure désertique. Tant de lyrisme dans un paysage devient surprenant.

Surtout que tout est en désaccord avec ma personne. Je me tiens là, au bord de ce tableau géant qu’est ma vie. J’observe ce ciel qui luit comme la peau d’un adolescent et je vois les lambeaux de nuages opalins se détacher sur le fond pourpre, drapant ce beau monde de soie. Tout est gracieux. Tout est lumineux. Et parmi tout cela, je suis l’ombre, sale et répugnante. Je n’ai aucune élégance, aucun raffinement, surtout aucune douceur, ni même de subtilité. J’entache ce cadre que j’ai fait naître de mes mots. C’est assez triste quand on y pense, le créateur d’un paysage se trouve en telle dissonance avec celui-ci qu’il en vient à être exclu de sa création. Bon, j’en conviens, ma création est moindre, je me contente de dépeindre plutôt que je ne peins.

Ma fourrure est si grise et poisseuse qu’elle se trouve lissée, tout contre ma chair. Le fumet pestilentiel qui doit s’en dégager permettra d’affirmer que c’est bien une odeur … qui me colle à la peau. Je me glisse sur le sol, guettant le moindre sursaut de vie, la moindre proie pour me remplir la panse. La lande est inhabitée, seule, sous le soleil, sans âme qui vive. Isolée du reste du monde, elle parait prise à partie dans une bulle, une bulle faite rien que pour moi.

Le zéphyr caresse maintenant mon pelage tandis que je m’avance au cœur de la plaine. La terre craque sous des pas que je ne cherche pas à rendre lestes. Je me contente de marcher et de savourer les dernières heures de ciel clair avant que mon monde bascule dans la nuit. Du centre de la lande, je jauge mieux les environs. Ici, quelques rochers étrangement mousseux. Là-bas, sur le bord, là où les arbres peu à peu réapparaissent, une petite mare sous un abri fait d’un entremêlement d’arbrisseaux et d’ajoncs. A quelques longueurs de queue de celle-ci, des rochers plats. Cela me semble idéal. Le cap est mis sur ce point d’eau.

Je frémis lorsque j’y plonge la patte. Les rayons du soleil n’ont pas pénétré cet abri, la toison qui la surplombe est trop épaisse. Je peste. La mare glacée me fait l’effet d’une morsure sur les coussinets et je retire plusieurs fois ces derniers de l’eau, jusqu’à que la température devienne meilleure. Ou plutôt, jusqu’à que je m’y habitue psychologiquement et que je cesse de penser au claquement de mes dents. Quelques inspirations profondes me donnent du courage, puis je plonge entièrement dans ce trou gelé. Sitôt, je bats des pattes et me hisse à nouveau sur le bord, débarrassé d’une solide couche de poussière qui me recouvrait. Bien plus rapide et efficace qu’une simple toilette. A présent, je m’avance vers les rochers plats. Toute la chaleur du jour s’y est réfugiée et je prends place sur l’un d’eux. J’ai l’impression d’être sereinement couché au coin de l’âtre tant ce toucher est apaisant. Bientôt je m’endors.

Quand mes yeux s’ouvrent à nouveau, le monde fait des arabesques. Tout se meut, tout tremble et me donne la nausée. C’est un mélange de couleurs ternes et noirâtres, d’éclats de blanc qui s’enroulent dans une joyeuse ronde. Je tangue, tente de me relever et chois lamentablement du haut du rocher. Je suffoque, gratte la terre de mes pattes, m’agite encore. Et peu à peu, ma vision cesse d’halluciner et le paysage retrouve un calme morne. La nuit est tombée et a empli l’air d’odeurs douces. Le vent est froid. L’air est froid. Je suis mort de froid. Je ne reconnais plus l’endroit où je me suis endormi. Ai-je bougé pendant mon sommeil ? M’a-t-on déplacé ? Est-ce un rêve ? Ce souffle glacé qui pénètre ma chair semble éloigner la dernière option.

J’observe les alentours. Je me trouve près d’un grand arbre dont les feuilles ressemblent à des lianes et m’évoquent de grandes tresses. Là où les arbres bourgeonnent, l’anxiété germe en moi. Enfin, je crois reconnaître l’un ou l’autre buisson et, suivant ma propre odeur éventée, je regagne la lande. Seul dans le noir, mes battements de cœur sont violents et je songe à rentrer pour rejoindre la Horde. Je ne me sens pas à l’aise dans cette atmosphère si pesante. Je ne me sens plus à l’aide. J’ai été happé par un trou noir, et me trouve comme dans une autre dimension. Une dimension dans laquelle je ne me sens plus ce chat puissant ; celle où je pourrais être un enfant ; celle où j’ai le regard fuyant et effaré. Celle où je ne me sens plus moi. Celle qui endort mes sens.

J’erre quelques minutes, hésitant entre l’envie de rentrer et celle de profiter encore de cette nuit étrange. Enfin je me décide, et je ne sais pour quelle raison, je reste planté là, au milieu de la lande. Frappé de plein fouet par le vent. Et j’attends. Je ne sais pas non plus pour quelle raison j’attends. Et bientôt, mon cœur cogne de plus belle contre ma peau, comme s’il voulait s’échapper de mon corps.

Les fougères s’écartent et je me tapis entre deux ilots de végétation, souris que je suis. Une petite ombre s’approche, menue, silhouette fluette. Et moi, le museau dans l’herbe, j’ai du mal à l’entrevoir. Mon souffle se bloque à mesure que ses pattes avalent la distance qui nous sépare. Irréelle, elle semble venir droit vers moi et je me recroqueville comme un enfant pris en faute. Elle est assez proche pour que le vent m’apporte son odeur, un parfum doux et suave. Elle est leste comme une danseuse et son pas frôle si peu le sol qu’elle paraît flotter. Mes poumons sont au bord de l’implosion quand elle décide de faire demi-tour. Son pelage gris luit dans la nuit et je balaie ses courbes de mon regard. Je ne sais pas qui elle est. Je ne sais pas d’où elle vient. Mais je me surprends à la désirer mienne. J’ai envie de me relever et de lui hurler de s’arrêter. Mes membres sont tétanisés. Et elle disparaît. Et je demeure là, pour de longues heures encore. Espérant secrètement son retour pour l’admirer quelques instants de plus. Elle ne revint pas. Je crois que je l'attends toujours.

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