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 [TEXTES] Poèmes en prose... (Onirisme poétique)

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MessageSujet: [TEXTES] Poèmes en prose... (Onirisme poétique)   Lun 2 Jan 2012 - 11:11

Tenez, voilà quelques poèmes en prose, que j'ai finalement postés, après maintes hésitations, ici ; peut-être en rajouterai-je d'autres dans les jours suivants.

Ils sont inspirés assez inconsciemment de mes maîtres : Poe, Dunsany, Lovecraft, Howard, Tolkein (voire Clark-Ashton Smith ?)

Le Rêve du Temple sous la Lune

Il me semble qu’il y avait, dans ce songe, un vieux temple sur une montagne solitaire et la lune — oui, c’était certainement cela. Je crois que la montagne était couverte d’une épaisse végétation, qui donnait l’impression au voyageur de marcher dans une nuit perpétuelle. Quelques ruisseaux sinueux prenaient leur source dans cette forêt ténébreuse, et descendaient silencieusement les flancs de ce mont, transportant dans leurs eaux le souvenir mélancolique du bois obscur jusqu’à la mer. Dans une corniche, où la végétation était moins exubérante qu’ailleurs, il y avait, sur l’herbe humide, les ruines d’un vieux temple, que, chaque nuit, la lune éclairait de sa lumière ; et, sous ce fin voile d’argent, les créatures qui vivaient jadis dans le temple revenaient à la vie, et chantaient, de leur voix inaudible de fantômes oubliés, des jardins verdoyants, où le bonheur était éternel, et des rivières placides et sombres, qui traversaient une sylve silencieuse et impénétrable, bordées de fleurs merveilleuses au parfum enivrant. Il y avait aussi, outre ces litanies mélancoliques d’un temps lointain, des danses gaies et des jeux joyeux, qui duraient jusqu’à la fin de la nuit. Alors, dans l’Aube nouvelle et radieuse, le spectre de ces êtres s’évanouissait, comme un rêve s’évanouit lorsque le dormeur se réveille ; et, comme pour un rêve évanoui, il subsistait quelques heures durant un souvenir vaporeux et impalpable de ces nuits sur les ruines du vieux temple.

Je crois aussi que, après l’écoulement incommensurable de maint lever de lune et de maint coucher de lune, il arriva un jour où des hommes vinrent, une hache à la main et le mensonge à la bouche, sur cette montagne solitaire ; et ils défrichèrent la forêt vaste et ténébreuse, et s’installèrent dans l’un des méandres des torrents sereins qui coulaient silencieusement le long des flancs de la montagnes ; et ces ruisseaux perdirent le souvenir du bois obscur, et la mer et les poissons et les algues l’oublièrent à leur tour.
Et cela était le fait des hommes ; car ils amenèrent avec eux les deux sœurs Malfaisance et Menterie ; et elles se propagèrent partout dans la montagne, dans l’herbe des pâtures des vaches, dans les racines des arbres restants, et aussi dans la corniche où il y avait le vieux temple. Alors la magie de la lune n’atteignit plus le vieux temple et les ombres argentées de ses habitants ne réapparurent plus.

Et le vieux temple devint une ruine banale, sale et triste, que seuls connaissent la lune éplorée et ma mémoire de rêveur éveillé.




Krem


Je me rappelle aussi d’un vieux port, sombre et embrumé par ses nocturnes méditations, qui se dressait sur le rivage perdu d’une mer perdue. On l’appelait, me semble-t-il, Krem.

Chaque jour, des bateaux venus de toutes les côtes du Monde jetaient l’ancre devant ses quais de pierre, et débarquaient leurs marchandises ; si bien que dans ce port serein se trouvait tout ce qui faisait la fortune de l’Occident rêveur et de l’Orient mystérieux, à l’époque oubliée où des royaumes et des empires, souvent unis par le thrène rapide de l’arc et la litanie sinistre de l’épée, s’étendaient à la surface du globe : la soie aranéeuse d’Ysul, les gemmes des Royaumes de la Couronne de Pierre ; les épices de Gaa-lô, les fourrures des Monts Ethérés ; les luths de Menekon, le bois des Forêts de Til-Ayor ; les armes de Get-Hor, cité du Feu et de l’Acier ; et maintes autres richesses, plus nombreuses que partout ailleurs.

Une nuit, je débarquai dans ce port antique, à l’heure où la mer devenait froide et achevait de s’obscurcir et où ses brumes se formaient et montaient sur la ville méditante, telles un châle de nuages ; puis, avec la fantaisie propre aux rêves éphémères, j’entrai dans le labyrinthe capricieux des rues tortueuses, argentées sous la lueur paisible de deux lunes – en ces temps reculés, il y en avait deux, et non pas une comme en notre morne époque, où les phantasmes ne courent plus que dans la tête de quelques hommes –, qui perçait le brouillard, me défiant de la racaille que le hantait, à l’affût du voyageur riche.

De leur propre volonté, mes pas me guidèrent dans le lacis mélancolique des bas toits en pignon, jusqu’à l’échoppe obscurcie par le temps d’un antiquaire. La lumière des lunes et des étoiles tombaient en une puissante cataracte d’argent sur ce bâtiment de bois, et semblaient m’inviter à traverser leur rideau gris. Intrigué et ensorcelé, j’entrai.

De l’autre côté de la porte se trouvait le refuge de maints trésors, perdus pour notre époque sans magie, et, assis entre deux lampes à huile en or, tel le Cerbère des âges oubliés, vêtu d'une tunique de soie, plongé dans des songeries peuplées de chimères, un très vieil homme, chauve, dont l’immense barbe grise reposait négligemment sur son ventre opulent. Lorsque j’apparus, il me regarda de ses perçants yeux verts, puis retourna dans ses rêveries baroques.

Je fouillai alors dans ces objets anciens, enfouis dans une obscurité peut-être due aux ans, que la lumière des deux lampes ne parvenait pas à dissiper. Malgré cela, je vis maintes  choses dont l’existence autrement m’eût paru impossible.

Il y avait aussi, dans cet amas sans âge, un livre à l’antique reliure, dont le titre était si effacé qu’on ne pouvait le lire ; pourtant, je décidai de l’acheter, peut-être à cause des mystères qui semblaient contenus entre ses pages.

Lorsque je l’eus acquis, je m’en fus dans les ruelles enténébrées et sinueuses, dans lesquelles s’engouffraient le vent gris des lunes, et je regagnai le navire par lequel j’étais venu, et je me couchai dans ma petite cabine surplombant les flots sombres de l’océan endormi, qui rêvait de brumes et de vapeurs, le livre énigmatique à côté de moi ; et je ne l’avais pas encore ouvert ; car la nuit était aussi avancée que moi étais las ; et je plongeai donc dans mes songes étranges de vallées douces, de rivières grises et de collines boisées.

Et l’Aube vint, et je me réveillai ; et je m’aperçus que livre, navire et port avaient disparu.

Et je sus que, désormais, l’obscur port de Krem aux brumes sereines et mélancoliques, plongé dans ses rêves nébuleux et ténébreux ne se dresserait nulle part ailleurs que dans mes souvenirs.
Le Pont aux Deux Rivières

Il est une forêt sur le flanc d’une montagne, situé non pas vers ce que nous nommons l’Ouest, l’Est, le Nord ou le Sud mais dans ma pensée, dont les arbres espacés, au feuillage tantôt brun, ocre ou or, laissent entrer  la lumière du soleil, qu’il soit ascendant ou descendant, à son nadir ou à son zénith. Vers le centre de ce bois, toutefois, ils deviennent plus resserrés et sombres, reverdissent et se couvrent de mousse, tout comme le vert-de-gris recouvre le cuivre pour le protéger. Dans cette partie de la sylve se dresse un petit pont de bois, vaillant quoique vermoulu, qui effraye les bergers et les bûcherons habitant les parties supérieures de la montagne ; en effet, selon eux, des Elfes magiciens vivaient jadis dans cette partie de la hauteur, avant de repartir, appelés par leur race ; et ils maudirent les bois de leur sortilège lorsqu’ils le quittèrent, afin d’empêcher les bergers d’en approcher.

Mais moi sais qu’il n’en a pas été ainsi ; car je me promenai une fois par le passé dans cette sylve en flammes, et je traversai le petit pont de bois. Nul sort ne le protégeait, et je ne rencontrai nulle malédiction en passant dessus. Des runes étranges étaient gravées dans les planches vermoulues, mais point de magie noire ne recelaient-elles. Je pus reprendre sans encombre mon chemin à travers la forêt ; mais avant cela, je décidais de m’approcher des eaux vert-sombres qui coulaient, murmurantes, sous la passerelle ; car elles chantaient à mon oreille des mystères sans nom, plus vieux que la forêt ou que le feu. Ils étaient trop irréels pour intéresser notre monde triste ; pourtant descendis-je sous le pont, pour reposer mon âme mélancolique.

En vérité, deux rivières chuchotaient doucement sous le pont, et non pas une ; leur lit avait été taillé, soit par quelque caprice de la Nature, soit par des mains elfiques, en escaliers ; des rochers gris et blancs les bordaient, comme si l’on eût voulu ériger une muraille contre le temps ; et tout cela m’émerveilla grandement, si bien que je m’assis le long de la rivière et que j’écoutai la chanson de flots murmurants, jaillis de la fantaisie d’un rêve oublié et gardiens d’une antique connaissance, que seuls les poètes comprennent.

« Nous venons, disaient-ils, tous d’eux d’une source qui se trouve à côté de la cabane d’un bûcheron ; mais plus vieux que lui, nous étions là avant que lui et sa famille vinssent s’abreuver de notre eau. Etant jeunes, nous connûmes les Elfes qui vivaient dans cette forêt ; et eux aussi se désaltérèrent dans notre onde ; et ils nous bénirent pour nous remercier. Nous fûmes témoins de leur magie et de leur départ de ces bois ; d’autres des leurs les avaient mandés, et il fallait qu’ils répondissent à leur appel. Ainsi partirent-ils, et point ne revinrent-ils, bien qu’ils l’eussent promis ; nous savons qu’ils s’installèrent dans des tours de guet surplombant une mer lointaine ; cela nous le savons car ces tours sont bâties dans l’un de nos méandres, tout proche des falaises du haut desquelles nous nous jetons, pour rejoindre l’océan, qui n’a ni début ni fin ; il est seulement. »

Et ils me parlèrent aussi de la naissance des Elfes et des Homes, m’expliquèrent pourquoi toutes les eaux, ruisseaux, rivières, fleuves éprouvent le besoin de répondre à l’appel de la mer ; et maint autre secret me fut révélé.

Ces mots me charmèrent comme une musique d’orgue peut charmer ; car ils étaient l’un des derniers vestiges du Temps où les Dieux vivaient sur Terre et répandaient le bonheur sur leurs enfants, avant que la méchanceté et le détournement des Hommes et des Elfes ne les chassassent, les désintéressant de notre sort, et que la Terre ne fût plus ce jardin d’Eden qu’elle était lors.

Mais je devais repartir, car le soleil baissait. Alors dis-je adieux aux rivières, qui me répondirent en leur langue douce, et repris-je ma marche dans les bois aux couleurs parentes du feu.


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MessageSujet: Re: [TEXTES] Poèmes en prose... (Onirisme poétique)   Sam 21 Jan 2012 - 16:32

C'est magnifique...euh...voilà...
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MessageSujet: Re: [TEXTES] Poèmes en prose... (Onirisme poétique)   Mar 24 Avr 2012 - 16:06

Merci ! :D
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MessageSujet: Re: [TEXTES] Poèmes en prose... (Onirisme poétique)   

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