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 [NOUVELLE] Les Vents de la Montagne.

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MessageSujet: [NOUVELLE] Les Vents de la Montagne.   Dim 16 Oct 2011 - 1:21

Les Vents de la Montagne


Las ! La Nature bienfaitrice qui nous a engendrés est aussi capable des pires perversions ! C’est de cela que témoigne une horrible aventure, survenue il y a aujourd’hui quarante ans.

J’avais alors vingt ans, et, étant plus vigoureux que maintenant, je me promenais souvent dans les Alpes ; je faisais même de la contrebande entre la France, la Suisse et l’Italie. Ce fut d’ailleurs lors de l’une des ces commissions que m’advint mon histoire.

Quelques jours plutôt, j’avais rencontré à Genève un agent de la Mafia italienne, Giovanni Certanto, venu en France pour servir de truchement à un quelconque parrain. Celui-ci souhaitait que j’assurasse le transport à quelques bijoux volés à commerçant parisien – ce dernier avait fuit la ville après avoir refusé de payer les redevances illicites - dont on se fût saisi à la frontière.

À cette époque, j’étais bien moins riche que maintenant, et les fins de mois étaient parfois difficiles ; aussi acceptais-je, bien que l’hiver battît son plein, lâchant sans répit ses tourbillons de flocons blancs. Je partis le lendemain, profitant d’une soudaine accalmie de ces derniers.

J’étais sur les routes bien avant que les premières lueurs bleutées de l’aube eussent apparu ; l’air était vif et froid, et la neige de la veille m’entravait quelque peu dans ma marche. Pourtant, la ville ne fut bientôt plus qu’un point noir ne cessant de rétrécir dans mon dos, tandis qu’à mes pieds se trouvaient de majestueuses vallées recouvertes du drap blanc descendu du ciel.

Je marchai ainsi jusqu’à ce que le soleil eût quasiment disparu derrière les imposants monts ; je dressai alors en toute hâte un campement, et l’achevai alors que l’astre diurne achevait d’ensanglanter le sol immaculé. Je mangeai alors, bus un peu de vin pour me réchauffer, et je me glissai dans mon duvet, après avoir estimé qu’il me restait sept jours de marche.

Le matin, je me levai fort tôt, remballai mes affaires, et je repris ma marche. Là encore, le temps était ensoleillé, bien que l’air restât froid. Je ne cessais de m’élever dans les solitudes glacées, sous le regard moult fois millénaire du soleil. Vers midi, un vent froid, venu du Nord, se leva ; heureusement, il ne me gêna point : la neige était en effet trop lourde pour qu’il la soulevât, et il était assez sec. Malgré cela, j’en ressentis une irritation aussi étrange qu’inexplicable lorsqu’il survint. Peut-être était-ce à cause de ses sifflements aigus, qui produisaient un son mystérieux et infernal, jetant continuellement un inquiétant voile phantasmatique sur les vénérables montagnes.

Les trois jours suivants s’écoulèrent ainsi ; je parcourus maintes lieues durant ce laps de temps. Au sixième matin depuis mon départ, toutefois, la neige se recommença à tomber. Ses rafales tourbillonnantes semblaient chercher à étouffer quiconque se trouvait pris dans les rets froid de son filet ; et la température n’avait cesse de baisser ; aussi choisis-je de trouver au plus vite un endroit où m’abriter.

À ce point-ci de mon périple, je passai à côté d’un pic que l’on appelle encore aujourd’hui, sans en connaître la raison, «Mont Malibia» ; j’y cherchai donc une quelconque grotte, où je pusse m’installer en attendant la fin de la tempête. Cela arriva assez rapidement ; et je fus soulagé, en entrant, de sentir un air plus sec. J’en profitais pour changer de vêtements, avant de me blottir dans un coin pour fumer ma pipe, en attendant la fin du pandémonium neigeux.

Les heures passèrent, mais nul signe d’une providentielle accalmie ne se manifesta ; et la grotte qui de prime abord m’avait semblé être un refuge devint une prison. Ses parois tranchantes semblaient vouloir me blesser ; et un froid glacial s’infiltra peu à peu par son ouverture. La lumière déclina peu à peu, sans que les éléments ne s’apaisassent.

Dans ces conditions, je pris la décision de dormir ici ; et j’étendis mes couvertures sur le sol, avant de manger un peu. Je m’endormis ensuite, gardant ma lanterne allumée et à portée de mains, bien que je craignisse peu les potentielles bêtes sauvages qui eussent pues vivre dans la caverne : celle-ci semblait en effet depuis longtemps abandonnée.

Puis, vers minuit, je crois, à l’heure la plus noire d’une journée, celle où revivent les esprits interdits à l’Homme, je me réveillai, saisi par un bruit lointain. Mon premier geste fut de regarder ma montre, mais il m’apparut assez vite qu’elle s’était coincée à 23 heure. Cela ne me chalut point sur le moment, le temps tel que nous autres hommes le concevons n’influençant pas sensiblement les chances de survie dans les Montagnes.

J’essayais ensuite de me rendormir, certain d’avoir été tiré de mon sommeil pour les sauvages alizées chantant à l’entrée de mon refuge. Toutefois, j’entendis de nouveau le son lointain, indéfinissable. Il se répéta quelques minutes plus tard, puis une nouvelle fois une minute après, avant de reprendre à un intervalle encore plus rapproché. Bien que je n’y accordasse que peu d’attention au début, il finit par m’obséder dangereusement quand il se changea en une cascade diabolique et retentissante. J’avais l’impression qu’il m’appelait, et peu à peu naquit en moi le désir de répondre à ces interjections incessantes. A la fin, je me levai, et tentai de localiser la source de ce qui m’attirait étrangement. Celle-ci semblait être tout au fond de la cavité, et je m’y dirigeai donc. Ma lanterne me révéla bientôt une étroite brèche dans l’une de paroi ; elle était assez large pour que je pusse m’y glisser, et c’est ce que je fis.

J’eus le plus grand des maux à passer au travers  – et pourtant, je n’étais pas gros -, mais j’y parvins tout de même. Je retrouvai alors dans un tunnel fort exigu – quoiqu’il le fût moins que l’ouverture que je venais de traverser. Malgré cela, je pouvais avancer avec une certaine aisance dedans, et il me mena, après maints méandres non-loin du sommet.  J’avançai fiévreusement, guidé par les bruits de plus en plus proches, hésitant à chaque intersection, mais choisissant toujours le bon chemin. A terme d’un nombre d’heures que je ne puis définir, j’atteignis une immense salle. La lumière de la pleine lune pénétrait faiblement à l’intérieur, s’engouffrant dans un petit trou dans le plafond bas (sur l’instant, je ne me rendis pas compte que la neige n’entrait pas dans la pièce). Elle éclairait malgré cela intensément la scène qui se déroulait sous mes yeux, et je maudis cette dernière, car elle avilissait la lune, cet astre d’argent qui veille perpétuellement dans le ciel de la nuit, éclairant les chimères folles des nuages qui cherchent à l’étreindre, nimbant d’argent tout ce qui se trouve en son pouvoir. La lune connaît nombre des secrets de la vie et de la mort, et étend sur nous son ombre chaleureuse. Elle a donné sa fertilité pour nous protéger, et nous devrions être reconnaissants envers les mers sèches et mortes et les plaines vastes et stériles qui courent sur sa grise surface.

Pourtant, lorsque je vis se qui se déroulait devant moi, je faillis mourir de peur. Cette scène dépassait en horreur tout ce que peut imaginer l’esprit humain ; et je regretterai toujours de l’avoir vu.

Il y avait treize ombres vaguement humanoïdes sur le sol, mais aucun corps pour les projeter. Ces ombres dansaient à la sombre clarté grise de la Lune, et il semblait qu’elles frappaient de temps à autre une grosse pierre, produisant le bruit qui m’avait tiré de mon sommeil. Celle-ci devait être une sorte d’autel, car elle était sculptée fantastiquement, évoquant à la fois des os, des serpents, des crânes… Elle est était entièrement blanche, comme si elle était faite d’ivoire. De plus, sa surface supérieure était entièrement lisse, comme si on l’eût aplanie maintes années durant, et je manquai de peu de pousser un cri de saisissement ; car, gisait dessus, les membres en croix, nu, l’atroce cadavre d’un enfant. Il était âgé de neuf à dix ans, et paraissait avoir souffert de moult blessures : ses cheveux bruns étaient poisseux de sang, une profonde estafilade lui barrait la jambe gauche, sa peau avait été arrachée par endroits et il lui manquait plusieurs doigts. Je frémis d’horreur en détaillant ce corps, si jeune, et déjà mort.

Lorsque j’eus fini de détailler tout cela, un tambour sacrilège s’éleva soudain dans la salle (d’où exactement, je ne peux le dire), et les ombres cessèrent soudain de danser, et se réunirent en cercle autour de leur autel impie. Le tambour émit alors des rythmes étranges, et, comme j’étais quelque peu versé dans la musique – je remplaçais parfois l’organiste de la cathédrale lorsqu’il avait un empêchement -, je reconnus six sextolets de doubles croches, tous légèrement irréguliers ; presque simultanément, les ombres (en supposant qu’il s’agissait des ombres), se mirent à chanter une lugubre mélopée, composée de sept syllabes d’une langue que je n’ai jamais entendue. Ce sinistre chant semblait infini, toujours sur le point de s’achever, mais toujours poussé par le tambour diabolique.

Toutefois, au bout d’un temps non-délimitable, la ténébreuse psalmodie prit brusquement fin, et ses échos résonnèrent longuement dans la salle, comme ils résonnent dans mes oreilles encore aujourd’hui. Pour l’heure, cependant, je fus stupéfait par le déchargement soudain de la tension accumulée dans l’air lors de cette suite de notes terribles et indicibles; chancelant, j’aspirai une grande bouffée d’air frais. Mais, tandis que je me remettais, la dernière monstruosité que cachait ce lieu se survint.

Les ombres se penchèrent sur le cadavre mutilé, et en arrachèrent des bouts de chairs, qu’elles portèrent à leur bouche ; mon cœur se souleva en voyant les lambeaux flotter en l’air, avant de disparaître dans d’invisibles gosiers. Pourtant, je ne fis rien pour empêcher cette infamie, la regardant avec une avidité dégoûtée, comme si je croyais qu’il ne s’agissait que d’une farce, et, lorsqu’elle fut achevée, je hurlai soudain d’une terreur incontrôlée, car il n’y avait plus de corps sur la pierre, avant de m’enfuir, poussant des cris effrayés que l’écho amplifia et me renvoya, m’effrayant encore plus.

Je réussis, je ne sais comment, à retrouver la grotte où je m’étais abrité ; sans réfléchir, sans même utiliser une once de l’instinct que nous ont légués nos lointains ancêtres simiesques, je réunis mes affaires, et sortis, bien que la tempête fît plus que jamais rage.

Je marchais alors, insensible au froid comme à la fatigue, à la faim comme à la neige. Dans ma tête défilaient des images étranges, des visions interdites du Passé, tels des spectres antiques venus du fond des temps pour me hanter… Kaag’th, le Dieu des Montagnes, dont les Vents infernaux tourbillonnent sans cesse, cherchant à égorger qui pénètre dans leur royaume… Les e aux rougeoyantes du port d’Irkal, la cité oubliée des chrétiens, qui se dresse aux portes du désert, au-dessus desquelles les fidèles d’Archaia, Celle-qui-mange-les-hommes, tiennent levés leurs cimeterres dégoûtants encore du sang des musulmans qu’ils viennent de décimer… Et toujours soufflait ce vent maléfique du Nord, chargé des rites païens qui s’exerçaient autrefois dans la lointaine Norvège, là où ciel et mer se confondent…

Je ne sortis de cet état semi-comateux que lorsque j’atteignis Aoste ; là, je délivrai les bijoux, et reçus mon argent. L’homme que je rencontrais me proposa de passer une nuit dans la ville à ses frais, mais, connaissant les mœurs de mes employeurs, je déclinai l’invitation ; je craignais en effet de me faire trancher la gorge dans mon sommeil, afin que l’on pût reprendre le salaire que je venais de recevoir. Je décidai également de repartir immédiatement. Cinq jours plus tard, je rentrai dans la ville. Je m’enfermai directement chez moi, sans voir personne, et gardai le lit environ trois jours. Personne ne fit de remarque sur mon air pâle et maladif, probablement à cause de lui, d’ailleurs, non plus que sur mon absence. Je ne repris ma vie normale que deux semaines plus tard, comme bibliothécaire.

Voilà le récit de mon aventure. Bien que j’aie essayé de l’oublier au cours des quarante années qui la suivirent, les souvenirs que je conserve d’elle sont nets et précis, comme si ils eussent été marqués au fer rouge sur mon âme.

Quant à la motivation de ce récit, elle vient du fait que des archéologues ont découverts une pierre blanche étrangement sculptée, vieille de plusieurs centaines de millions d’années, dans une caverne sous le sommet du Mont Malibia…
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